Isabelle … une « serial mom expat » aux Etats-Unis !

Nous vous proposons aujourd’hui de retrouver Isabelle, à qui nous décernons le prix de « Serial Mom Expat » :-) puisqu’elle a connu 4 continents et 5 expatriations !!… tout cela sans oublier d’agrandir sa famille au fur et à mesure puisque elle est l’heureuse maman de 4 enfants (3 filles de 11 à 17 ans et un garçon de 6 ans) ! …

  • Expat United : D’où viens-tu ? Depuis combien de temps es-tu expatriée aux Etats-Unis ? Quelle est ton activité ? ton parcours professionnel ?

Née en banlieue parisienne, j’ai migré à Lyon quand j’avais 11 ans et j’y ai donc fait tout mon collège, lycée et études de pharmacie et j’ai rencontré mon mari lors de mes études.

Nous habitons depuis presque 5 ans aux Etats Unis : Nous avions débarqué en novembre 2008 dans la Baie de San Francisco, à Cupertino en Californie. Nous y sommes restés jusqu’en août 2011, où nous avons déménagé dans la banlieue de Kansas City, côté Kansas.

Mon parcours professionnel n’est pas très chargé : suivre un mari en expatriation ne m’a pas permis d’avoir un suivi de carrière. Mais j’ai toujours fait en sorte d’avoir des activités et de mener à bien certains projets comme des responsabilités associatives ou une formation continue par exemple. Actuellement, je planche en vue de monter ma petite structure : je prépare la sortie d’un guide d’aide Santé pour les expatriés aux Etats-Unis. Le projet est en train de prendre forme. J’espère lancer tout cela au début de l’année prochaine. J’ai d’ailleurs créé un blog qui parle santé aux US, à l’attention des expatriés francophones.

  • Expat United : Qu’est-ce qui t’a motivé à partir ? Départ à l’aventure ou bien préparé?

La décision de partir en Californie s’est prise facilement : nous avions envie de (re)partir, une occasion s’est présentée dans l’entreprise de mon mari et nous l’avons saisie : nous sommes donc arrivés en tant qu’expatriés, tous les 6, en Californie.

Pour Kansas City, cela s’est présenté un peu différemment : notre contrat d’expatrié se terminait, nous avions eu la Green Card, et donc quand une proposition dans une autre boite s’est présentée, nous avons fait le choix de nous lancer. Le choix cependant était un peu dur car Kansas City n’était pas la destination de rêve à laquelle nous aspirions, surtout après avoir connu la Californie ; mais c’était aussi un moyen de prolonger notre statut de résidents hors de France.

  • EU : Comment s’est passé l’intégration dans ton pays ?

Finalement, c’est quoi être intégré ?

En Californie, nos enfants sont tous allés en école française la première année. L’année suivante, les deux aînées ont basculé dans le système américain et cela a été un grand choc car nous prenions conscience de toutes les différences entre nos deux systèmes éducatifs. Nous évoluions dans un milieu fortement francophone, même si nous avions des amis américains ou des amis couples mixtes, donc nous parlions anglais facilement.

Arrivés à Kansas City, nous nous sommes retrouvés complètement anonymes : gros changement, pas de structure d’accueil francophone, pas d’école française*. Donc l’intégration a été difficile : les américains, voisins, relations que nous avons réussi à nous faire sont très gentils mais c’est très dur d’avoir des relations très soutenues avec eux. Les enfants eux, sont en milieu complètement américains et n’ont pas d’amis francophones, ils sont donc complètement immergés. Après, j’ai fait la rencontre par hasard de quelques francophones (une dizaine), et c’est donc vers eux que naturellement nous nous tournons : on se comprend tout de suite et on comprend surtout nos difficultés. De mon côté, j’ai eu de grands moments de solitude. J’ai eu beau essayer de m’intégrer dans l’école ou dans d’autres groupes, le contact était assez difficile. J’essaye toujours de parler aux parents des autres élèves, mais les conversations ne dépassent guère trois phrases. Pour mon mari au travail, c’était identique, cela lui a pris du temps pour avoir des échanges avec ses collègues.

* : il y a bien une école charter en français côté Missouri, mais c’est une école publique côté Missouri, territoire, où les lycées ont très mauvaise réputation. De plus, elle est très dure à intégrer car les inscriptions se font par  tirage au sort. Et cela reste une école américaine

  • EU : Est-ce ta première expatriation ? 

Non, ce n’est pas notre première expatriation, nous avons un passé de serial expat !

A la fin de mes études de pharmacie, je suis partie 6 mois en stage à Bâle en Suisse, chez Roche.
Ensuite, après un cours passage à Paris, nous sommes partis (après notre mariage) en CSNE à Casablanca au Maroc pendant 16 mois.
Nous avons beaucoup aimé la vie à l’étranger. En revenant, nous avons habité 3 ans à Grenoble où nos deux filles aînées sont nées.
L’entreprise de mon mari nous a alors envoyés en tant qu’expatriés à Taiwan. Là, l’ambiance était totalement différente. Taipei n’est pas une ville évidente à vivre mais la communauté étrangère et plus particulièrement francophone s’entre-aide beaucoup car le choc culturel est énorme. Mais j’ai appris le chinois (j’ai pris beaucoup de plaisir à l’apprendre) et je me débrouillais à la fin. J’ai pu un peu travailler à l’école française. Nous avons beaucoup voyagé à l’époque, en Asie et en Australie. Notre 3ème fille est née là-bas. J’en garde un très beau souvenir, mais la vie n’était pas forcément très facile : un climat rude (très humide et chaud, beaucoup de tremblements de terre, et le souvenirs mémorables de quelques typhons, sans compter sur le fait que le grand voisin chinois s’excitait de temps en temps en menaçant Taiwan de ses foudres). Nous sommes repartis en 2003, à la fin de notre contrat d’expat. La fin a été assez irréelle car nous étions en pleine épidémie du SRAS et que tous les expatriés fuyaient. Nous sommes restés le plus longtemps possible mais l’ambiance était difficile.

Ensuite une nouvelle interlude de 5 ans à Grenoble de nouveau et la naissance de notre 4ème.

  • EU : 3 choses que tu adores dans ton pays d’expat ?

L’état d’esprit positif des américains : leur sourire, leur manière de toujours aller de l’avant et leur manière d’encourager toutes les initiatives. C’est un état d’esprit qui marque et nous a changé.

Leur système éducatif : il n’est pas parfait, mais il enseigne la confiance, le développement personnel : nos enfants font des activités et ont développé des talents qu’ils n’auraient jamais développé en France comme la musique à un très haut niveau et la pratique d’un sport de manière intensive.

Le pays est tout simplement incroyablement beau et riche en histoires, cultures, paysages. Nous avons beaucoup voyagé essentiellement dans l’Ouest des US.  Ici dans le Kansas nous explorons la richesse historique de la ville… et nous avons découvert la musique américaine. Kansas City est une ville de jazz avec de nombreux concerts. Mais dès que nous avons des vacances, nous profitons d’un coin du pays, parfois nous retournons dans des endroits qui nous ont plu, comme cet été, où nous avons passé 10 jours à Moab en Utah.

  • EU : 3 choses que tu détestes dans ton pays d’expat ?

Les choses qui choquent il y en a beaucoup, à commencer par le système de santé tellement inégalitaire et onéreux.

Leur désir tellement profond de liberté qui fait qu’ils en oublient parfois les règles élémentaires de sécurité, comme rouler en moto sans casque … ou d’autres archaïsmes que nous avons du mal à appréhender parfois, comme la liberté d’avoir des armes.

Ici dans le Midwest, les gens sont très conservateurs et cela choque parfois. Nous n’avons assurément pas du tout la même approche des choses de la société. La religion est aussi très forte et a une très grande emprise sur les gens.

La nourriture : il est devenu facile de bien manger et manger sainement dans les grandes villes. Mais la majorité de la population s’alimente très mal et c’est dans les campagnes ou dans les milieux les plus simples que l’obésité est la plus présente. Dans l’école élémentaire de ma 3ème qui est pourtant dans un bon quartier, un tiers des parents est en surpoids : je ne vois pas de réelles volontés de leur système éducatif d’enrayer le problème : les mentalités ne changeront pas tant qu’on ne leur apprendra pas à bien manger et se tourner vers une alimentation plus saine (c’est un privilège que peu de gens ont). L’industrie alimentaire est complètement corrompue par des lobbies comme celui du maïs ou du sucre. J’arrive à bien manger car j’en ai la volonté, la possibilité financière et que je fais l’effort d’aller un peu plus loin pour acheter des produits meilleurs, mais tout le monde ne peut pas faire cela.

  • EU : A quelles difficultés es-tu le plus confronté ?

Ma plus grande difficulté est culturelle.

Sinon, nous sommes dans une phase difficile car notre fille aînée ira à l’université l’année prochaine. Il a fallu comprendre dans un premier temps comment se terminait la scolarité américaine. Finalement, comme de nombreuses choses se préparent déjà deux ans avant l’entrée en université, cela nous a permis de comprendre le système : quand on n’est pas tombé dedans, on ne sait pas et personne ne comprend ici, que nous ne savons pas. Maintenant, nous commençons les inscriptions aux universités. Même chose, quand nous avons rempli le premier dossier, nous avons découvert que notre fille devait avoir un numéro de sécurité sociale. Le processus nous a pris 3 semaines (comprendre comment le récupérer, rassembler les papiers, attendre, mais cela ne venait pas, revenir à l’administration …) : tout ceci demande finalement beaucoup de temps et d’énergie.

La deuxième difficulté vient du fait qu’étant à Kansas City, il y a peu de francophones et qu’il devient très difficile de maintenir le français. Mes deux grandes n’auront pas eu de cours de français depuis que nous sommes à Kansas City : elles lisent beaucoup heureusement. Pour ma 3ème, cela fait deux ans que nous faisons le CNED français ensemble. Je n’ai pas une âme de professeur et cela devient de plus en plus difficile de la motiver. Quant au petit dernier, nous n’avons pas encore commencé …

  • EU : Un fait marquant à nous raconter ? 

Des anecdotes, il m’en vient pas mal à l‘esprit.

Mais finalement, c’est de voir nos enfants s’épanouir dans une nouvelle culture qui nous marque le plus. Notre seconde fille a voulu participer aux Marching Band de son école. C’est la fanfare des match de football américain. Ils sont dans les tribunes pendant les match et font un très beau spectacle sur le terrain à la mi-temps. Pour y arriver, il faut une discipline de fer : un « summer camp » d’une semaine fin juillet. Puis chaque jour d’août à fin octobre, c’est entraînement tous les matins à 7h. La première fois que nous l’avons vu évoluer dans son uniforme, avec son melaphone, nous étions très émus. Voilà, quelque chose que jamais nous n’aurions pensé voir un jour.

  • EU : Côté culinaire ? La France te manque ? Quelle est ta spécialité locale préférée ?

A travers mes expatriations, j’ai appris à me passer de beaucoup de choses. A Casablanca, notre source de nourriture était un marché, donc j’ai appris à cuisiner à partir de produits basiques et à me passer du reste. C’était aussi un peu le cas à Taiwan. Ici aux US, j’achète du fromage (bon d’accord, je ne pourrais pas vous faire une bonne tartiflette), Ce qui me manque quand même, ce sont les bonnes brioches et viennoiseries. La spécialité du coin : la viande de bœuf … nous sommes au pays du BBQ, mais on en fait pas des folies non plus.

  • EU : Plutôt des amis français, américains, expatriés internationaux ? les américains sont sympas / accueillants?

En Californie, la majorité de nos amis étaient français avec quelques amis américains. Ici à Kansas City, nous avons quelques amis français et amis américains. Nous essayons d’avoir les deux, même si les amitiés américaines ne sont pas faciles à appréhender…c’est très bizarre en fait… les américains sont très friendly, agréables, souriants… mais ils sont tous très occupés et n’ont pas de relations très poussées avec les gens. C’est très transactionnel : je suis amie avec toi pour tel chose et en dehors, tu n’existes pas.. J’ai compris que c’était vraiment très dur d’avoir des amitiés fortes avec les américains, alors je prends ce qu’on m’offre et j’essaye de faire avec : une discussion de 5 minutes avec ma voisine, cela n’a jamais été jusqu’au café (moi, je l’ai invité, mais jamais elle en retour) ; 2 jours passés avec la maman d’une amie de ma fille quand on est allées visiter ensemble une université, on se quitte les meilleures amies du monde, mais pas de suite …

  • EU : Les 3 choses qui te manquent le plus de France ?

Mes montagnes, des moments en famille (nous nous sommes coupés de beaucoup de tous ces petits moments), la simplicité d’une vie dans un pays où on comprend tout, tout de suite sans décodeur.

J’ai l’impression parfois d’évoluer dans un brouillard et d’être souvent à la traîne, notamment pour mes enfants : ici, ils sont tellement peu habitués à voir des étrangers qu’ils ne comprennent pas que beaucoup de choses ne sont pas évidentes pour nous.

Ensuite, le système de santé me manque aussi… mais on s’y fait …

  • EU : Les 3 choses qui te manquent le moins de France ?

Je ne supporte plus cet esprit râleur jamais content et campé sur des avantages acquis qui paraissent surréalistes vus d’ici.

Je trouve que les français n’encouragent pas l’initiative et la réussite. On jalouse celui qui a une belle voiture, ici on l’admire. Les gens ne jugent pas… et c ‘est très reposant.

A vrai dire un peu tout … je crois que l’esprit américain déteint un peu sur moi :-)

  • Expat United : Un lieu insolite à San Francisco à partager avec nous ? Quel est ton endroit préféré ?

San Francisco est une ville que j’ai appris à connaître. Il y a beaucoup de lieux que j’aime.. Un lieu insolite : ok ! tout en haut d’un escalier fait de mosaiques, se trouve un petit piton rocheux avec un banc, perché là haut, par lequel on arrive par un autre escalier vertigineux. La vue y est magnifique à 360° : c’est Grand View Park juste avant le Golden Gate Park .. mais ne le dites pas .. il n’y a pas beaucoup de place là-haut.

Mon endroit préferé ? j’ai vraiment aimé me balader dans le quartier de Pacific Height : c’est un quartier très calme mais les maisons y sont extraordinaires. Aller de Union Street à Alta Plaza. La montée est violente, mais en s’élevant, on gagne la vue sur la baie.

  • EU : Les projets pour l’avenir ? Envie de rentrer en France ? de faire un autre pays d’expatriation ?

Pas de projet pour le moment. Nos enfants ont besoin de stabilité. L’ainée est en dernière année de lycée (High school) et elle doit finir sa scolarité. Nous sommes en plein processus de sélection des universités. La seconde suit de près et idéalement, je souhaiterais qu’elle finisse sa scolarité ici. C’est trop dur après de bouger un enfant dans cette dernière ligne droite. Après, nous verrons. Peut-être que la boite de mon mari voudra que nous bougions, peut-être cherchera il autre chose. Nous ne savons pas …

  • EU : Depuis quand es-tu inscrite sur www.expatunited.com ? Que cela t’ a t’il apporté ?

Je me suis inscrite en arrivant ici à Kansas City. Cela m’a apporté des contacts, un petit réseau, des gens qui m’ont contactés pour des renseignements.

  • EU : Que dirais-tu aux personnes qui ont envie de venir tenter l’aventure dans ton pays ? Des conseils ?

Ca dépend comment on vient, en contrat d’expatriation ou pas et avec quels moyens.. J’ai eu beaucoup d’emails, cet hiver, de personnes qui pensaient venir avec un salaire bas et pouvoir s’en sortir avec une famille. Aux Etats-Unis, la vie est chère malgré tout et mieux vaut avoir une bonne couverture sociale et un peu de cash pour pouvoir être bien logé (très cher dans certains endroits comme en Californie) et pouvoir être ainsi dans de bonnes écoles. Les écoles françaises internationales, là où il y en a, sont extrêmement chères (entre 15 000 et 25 000 $ par an). Le système éducatif américain est à deux vitesses aux US : très mauvais et très bas dans pas mal d’endroits, où il est même en faillite. Mais quand il est bon, malheureusement, les locations et ventes immobilières sont plus chères.

Un autre conseil : il faut se sortir de la tête que les Etats-Unis sont l’eldorado. C’est un pays extrêmement différent de la France, de par sa mentalité, son système scolaire et ses prestations sociales : ici, pas de filet. Le choc culturel est assez important surtout dans les villes du centre : le Midwest, qui est un pays dur de par son climat notamment. Les mentalités sont totalement différentes, parfois surprenantes, notamment, quand on commence à parler religion et politique : en fait, il vaut mieux ne pas en parler.

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