S’expatrier pour « Quitter la France ! »… Et après ?

Encore un article tiré de l’excellent blog de Chouyo, que vous pourrez apprendre à mieux connaître dans l’interview réalisé pour notre blog ici.
Dans cet article, elle nous fait part de son expérience de multi-expatriée pour nous expliquer pourquoi les français ont envie de quitter la France, et pourquoi il est bon de le faire … mais en profite aussi pour redorer l’image des français et de la France… et ça, ben ça fait aussi du bien ! :-)

« Quittez la France ! »… Et après ?

Resurgissant à intervalle régulier, il est un débat faisant jaillir quelques micro-étincelles (dont voici la dernière sortie en date) autour de l’idée « claquons la porte de la France, pays de merde qui contraint sans offrir de retours, et qui est d’une tristesse à mourir » (sans que les auteurs appelant à ce départ n’aient bien souvent osé faire l’expérience longue de l’ailleurs, prétextant aujourd’hui « ah, si j’avais été célibataire et sans enfant »… Non. Il y a des couples avec enfants aujourd’hui qui osent : vous ne l’avez pas tenté plus tôt, vous ne le feriez pas plus aujourd’hui), et à cette dénonciation on répond souvent de manière peu inspirée « patriotisme, trahison, si-t’es-pas-content-casse-toi-pauvre-lâche ».

Ce moment de ras-le-bol à l’égard de la France, je l’ai vécu.

Tout paraît bloqué, sclérosé et, bien pire, les comportements de nos compatriotes nous exaspèrent à tel point que l’on ne voit qu’une solution : fuir ce pays qui nous entraîne malgré nous vers le fond. Pour moi c’était « la France tu l’aimes DONC tu la quittes » du fait des blocages liés à mon métier et de l’envie de changer d’horizon culturel. Pour d’autres ce sera carrière, argent, impôts, que l’on vernira bien souvent de motifs plus « honorables » dans l’esprit français : le rejet du fameux immobilisme, du nombrilisme et du chauvinisme français. Chaque incivilité de la vie quotidienne vient alors conforter l’idée qu’il faut partir loin de ce pays dévitalisé qui se complaît dans sa fange : et le visage revêche de la boulangère cristallise le ras-le-bol, « marre des gens qui font la gueule, marre de la crise, de ce pays où tout va toujours mal, marre, marre, marre ! ».

A cela il faut un contrepoint. Un horizon. Un fantasme.

Et l’expatriation offre une très bonne réponse à ce ras-le-bol : un ailleurs qui n’aura pas les travers reprochés à la France, suffisamment difficile à rejoindre (politique d’immigration, situation professionnelle, coût de la vie etc.) pour qu’il tienne lieu de hochet pendant quelque temps et n’oblige pas à se poser de question concrète tout de suite. Car « je n’en peux plus, je vais partir de ce pays un jour » est plus facile à assumer que « je pars définitivement dans 6 semaines »… Cette fuite imaginaire permet d’affronter un quotidien que d’aucuns finissent par ne lire que comme grèves incessantes, cauchemar de carrières bloquées, entourage qui ne voit la vie que par le petit bout de la lorgnette… Ce rêve est bon, ce rêve est nécessaire, et je suis la première à le laisser adoucir mon quotidien.

Toutefois…

J’ai pas mal voyagé (je crois que je peux le dire). J’ai vécu à l’étranger, expériences longues et courtes. Toujours dans des contextes différents et des pays au stade de développement très divers, avec plus ou moins d’argent et de « facilités ». Et s’il y a bien une chose dont je peux vous assurer, c’est que je n’ai jamais rencontré de personnes qui se plaignent plus des gens qui se plaignent que… les Français. Je répète, parce que ma phrase pourrait n’être pas claire : bien des personnes en France passent leur temps à ronchonner contre les gens qui ronchonnent. Mais ce qui est encore plus effarant c’est ce qui suit bien souvent : « à l’étranger au moins les gens avancent » voire, et là ça en devient drôle, « les gens ailleurs ils sont contents de ce qu’ils ont et ne se plaignent pas ». Comment dire… C’est bien de vouloir s’expatrier, c’est encore mieux d’ouvrir les yeux, non ?

« Les gens ailleurs », c’est de notoriété publique, ont compris la vraie vie eux et savent la vivre qui plus est. Il n’y a que les Français qui soient totalement à côté de la plaque, les autres peuples sont par essence plus tolérants, plus ouverts et tous polyglottes. Seuls les Français sont engoncés dans les lourdeurs d’un pays qui s’apparente plus à un navire en train de sombrer qu’à une fière caravelle. Et il est certain qu’à Singapour, au Japon ou à Dubaï, ça avance bien et ça ne moufte pas ! Les gens qui y vivent acceptent sans s’émouvoir les billevesées que leur servent leur gouvernement et médias, et s’ils ne sont pas super épanouis, ce n’est pas si grave : l’important c’est d’avoir et de donner l’illusion d’avancer…

Oui : il y a de l’herbe ailleurs et il faut aller la brouter.

Si l’on a l’opportunité de partir vivre à l’étranger, de se confronter à soi-même et aux autres, de sortir de son cocon, il faut le faire : l’ailleurs est passionnant à bien des égards, épanouissant parfois, remuant toujours et surtout permet de relativiser sa détestation de la France…

Les Français sont chauvins ? Et bien c’est très chauvin de prétendre ça. Lis les journaux et regarde les informations de n’importe quel pays asiatique, tous autant qu’ils sont ces pays ne sont centrés que sur eux-mêmes. Seulement 10 minutes dans les JT français sur le reste du monde ? C’est peu mais c’est sans doute 10 fois plus que dans bien des pays, où le monde apparaîtra sous un jour très orienté et bien plus par le petit bout de la lorgnette ! Lors des émeutes dans les banlieues françaises en 2005, les journaux américains et le State Department déconseillaient absolument toute venue en France, à feu et à sang… Et quand vous serez confrontés au nationalisme revêche d’autres nations, qui vous soutiendront mordicus avoir tout inventé, être l’alpha et l’oméga de l’avenir, comme les fameux principes de la bombe atomique contenus dans les textes sanskrits, l’incapacité absolue de remettre en cause les faits et gestes de l’armée nippone, ou le « Dieu et les Etats-Unis sont là pour sauver le monde », on en reparlera du chauvinisme français.

Les Français sont nuls en langues étrangères ? Alors que Scandinaves, Néerlandais et Allemands sont tous bilingues ? Oui, c’est certain qu’à parler des langues que personne ne parle il faut bien parler anglais pour s’ouvrir au monde… rôôôô, c’est bon, je rigole… Mais détrompe-toi : l’Américain moyen, le Britannique moyen, le Brésilien moyen, le Thaïlandais moyen, l’Italien moyen ou le Mexicain moyen ne parlent rien d’autre que leur langue maternelle ! Et l’anglais des Indiens est de piètre qualité, je peux te le prouver. En revanche, en 4 ans hors de France, je peux vous assurer avoir vu un réel effort en matière de langues étrangères en France : indications traduites dans le métro, les gares, les expositions, pratique de l’anglais accrue dans les magasins, pharmacies et pas seulement par les jeunes etc. Il y a eu des progrès. Mais il m’a fallu partir pour les voir.

Quant à la France franco-française refermée sur elle-même ? Là je ricane. Bon sang, mais effectivement : sors de chez toi !!! Va au Brésil, en Turquie, en Thaïlande, en Chine, va partout et trouve des pays qui aient un tel choix en matière de traductions de livres étrangers ! Chaque librairie a un rayon de littérature indienne, chinoise, maghrébine, africaine, américaine, anglaise, allemande et suédoise au moins ! Et les films programmés ? Partout ailleurs, c’est production locale et blockbusters américains, en France on a aussi et bien souvent de l’Espagne, de l’Italie, de l’Allemagne, de l’Iran, de la Tunisie, de la Corée, du Japon, de la Chine !!! Oui, c’est vrai, je lis tout cela au prisme de Paris… mais pour avoir vécu dans d’autres très grandes villes du monde, c’est une richesse RARE. Cherchez un seul cinéma à Hong Kong où passe autre chose qu’un film cantonais, chinois ou un blockbuster américain… ce sera dans les centres culturels étrangers. Festivals de l’ailleurs, musées consacrés à des arts étrangers, expositions d’artistes étrangers, et les articles, Une, magazines, revues, et programmes scolaires : évalue REELLEMENT la place consacrée à d’autres pays ou à des problématiques internationales en France et trouve-moi d’autres pays aussi ouverts à l’étranger… Il y en a, mais ne dites pas que la France est refermée sur elle-même.

Enfin, les Français n’arrêtent pas de se plaindre ? Nous jaugeons et jugeons l’état de notre pays quotidiennement et nous en sommes insatisfaits parce que, justement, nous avons des ambitions et des idéaux pour ce pays. Nous sommes capables de critique et d’autocritique, de reconnaître que le système est vicié, parfois de manière intolérable. Non : la France n’est sûrement pas un pays parfait alors qu’il devrait l’être. Et ça, ça craint je vous l’accorde… Parmi la population des grandes démocraties, Inde et Etats-Unis en tête, vous verrez que vous rencontrerez peu de gens aussi impliqués dans le politique, aussi CONCERNES par leur pays, pour des raisons absolument désintéressées. Si ce n’est le bien-être d’une nation. Les débats permanents vous sortent par les yeux ? Les polémiques incessantes ? Les révélations à rebondissement ? Des passés sulfureux ou peu glorieux dévoilés ? Mais c’est BIEN !!! Les débats ne sont donc pas l’apanage d’une minuscule élite intellectuelle ou politisée, tous se sentent CONCERNES ! Allez donc parler politique ou histoire avec un Japonais, un Indien ou un Taïwanais (la République de Chine est une démocratie) et vous verrez la chape de plomb…

Finalement, reprocher aux Français de râler, c’est leur reprocher de se sentir concernés : parce qu’on vivrait tellement mieux en ne parlant que de la pluie et du beau temps, en ne sentant concernés que par soi sans se soucier du cadre institutionnel, politique, économique dans lequel nous vivons. Critiquer l’autocritique française, mais surtout l’utiliser comme justification pour s’expatrier me semble naïf et fallacieux. Car soyons honnêtes : s’expatrier c’est souvent vouloir un salaire plus intéressant, une carrière plus passionnante, des impôts moins élevés. Mais c’est bien et louable ! Assumez-le !!! On peut partir pour laisser derrière soi une lassitude quelconque, des responsabilités, un cercle vicieux, pour trouver l’aventure ou recommencer sa vie, et c’est tout aussi bien !

Partez oui ! Mais n’ayez pas la naïveté de croire que l’herbe est plus verte ailleurs.

L’expatriation est passionnante, mais elle peut ne pas être toute rose et il y a des jours où elle ne le sera pas du tout. Parce que le loft à Londres ou le condo à Singapour, c’est de plus en plus rare. La vie d’expat’ change si tu vis à Berlin ou à Bombay, à Milan ou à Jakarta, à New York ou à Bangui, cela n’aura rien à voir non plus si tu peux travailler ou non, si tu comprends la langue ou pas. Et ça ne ressemblera pas à ton stage de 3 mois à Hongkong ou à ton année d’études à Washington. S’expatrier c’est très certainement rencontrer des gens incroyables, mais aussi des expats imbuvables (et pas que les Français…).

Et c’est aussi faire face à une dure réalité : les gens de ton pays d’accueil n’ont pas nécessairement envie de te voir ou de te rencontrer. Peut-être n’en auront-ils rien à faire de toi, peut-être même seront-ils hostiles, peut-être racistes ou méprisants, ou malgré plusieurs années de vie dans le pays tu resteras un portefeuille sur pattes. Il y a des pays où l’on met énormément de temps à rencontrer des gens « ouverts » (problème de langue mais aussi de mentalité à l’égard de l’étranger), expériences emirati, sud-coréennes et japonaises en tête, et être le gringo de service au Mexique ou le Froggy d’une petite ville britannique n’est pas ce que l’on fantasmait comme expatriation « enrichissante ». C’est aussi parfois, souvent, se voir présenter la note médicale avant même que l’on ait parlé de te soigner (avec examens non nécessaires mais ô combien lucratifs à la clef), payer les études de ses enfants au prix fort, voir tes jours de congé fondre comme neige au soleil (ça n’a pas d’importance ? Ah bon… on en reparlera quand tu n’auras même pas le temps d’explorer le pays dans lequel tu vis…). Tu n’es pas parti plus tôt ? Demande-toi pourquoi. N’est-ce vraiment que l’occasion qui t’a manqué…

Alors oui, les Français sont parfois franco-franchouillards et c’est détestable. Et il n’est plus franco-franchouillard que des expatriés qui sont partis parce qu’ils n’en pouvaient plus de la France. Ou parce qu’un gros package miroitait à l’horizon. Je ne suis pas là pour chanter avec force cocorico les bienfaits de la France : il s’y trouve des écueils, des obstacles, des injustices graves. Mais la rage et l’insatisfaction à l’égard de ce pays qui m’ont habitée pendant plusieurs années et ont guidé mes pas plusieurs fois vers l’ailleurs, je les dois justement aux idéaux que m’a donné ce pays. Qui m’a éduquée et protégée de telle manière qu’il m’a offert la possibilité de penser et de dire haut et fort qu’il m’emmerde parfois. Et que je l’aime d’autres fois.

L’herbe ailleurs n’est pas plus verte. La brouter rend en revanche un peu moins amer le goût de la nôtre.

Donc pars.

Pour mieux revenir sans doute. Et repartir. Et revenir. Apaisé.

Source de l’article ici

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  • http://www.psychologika.com Martin

    Un article intéressant car il permet bien de faire le pour et le contre. C’est vrai qu’on a toujours tendance à croire que l’herbe est plus verte ailleurs. Mais c’est bien aussi d’aller se frotter à d’autres cultures, d’autres horizons pour prendre du recul et savoir mieux apprécier son pays !

  • http://mexique.blogs.lunion.presse.fr Rom

    Pas grand chose à dire à part deux mots: bravo et merci.

  • http://www.michelcampillo.com/ Michel Campillo

    Partir pour fuir quelque chose, ce n’est jamais une très bonne chose… Travailler à l’étranger, oui à condition d’avoir bien choisi la destination, de savoir pourquoi on y vient (pas seulement pour fuir la France) et être prêt à encaisser les difficultés qui ne manqueront pas. Au moins en être conscient.