L’amère patrie

Article paru dans M le Magazine du Monde, par Christian Roudaut.

Vous pouvez d’ailleurs retrouver Christian Roudaut lors de son intervention pour l’un de nos « Rendez-vous de l’expatriation » : « Echanges sur l’expatriation, la France loin des yeux, près du coeur »

A lire certains articles et commentaires, on croirait que la France entière prépare ses valises. D’un côté, il y a ces pauvres riches fuyant le matraquage fiscal à la sauce hollandaise. De l’autre, les pauvres pauvres lassés du chômage et des petits boulots. En septembre, un appel retentissant (et un rien grandiloquent) dans les colonnes d’un quotidien (1) incitait même la jeunesse française à quitter le vieux navire en perdition (« Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous! »). Malgré cette déclinologie ambiante, tous les ans, des dizaines de milliers de Français « osent » faire le chemin inverse en retrouvant la mère patrie. Après des années d’éloignement, ces « impats » (néologisme dérivé du mot « expat ») doivent réapprendre à vivre dans leur pays. Car beaucoup d’entre eux souffrent d’un syndrome encore mal connu : le choc du retour, aussi appelé « choc culturel inversé » par certains spécialistes de la mobilité internationale (2).

« Ce qui m’aide à tenir, c’est de me dire que je vais repartir un jour. » Corinne Béquin n’a pas de destination précise en tête. Seule certitude : elle ne veut pas rester en France. Après sept ans en Tunisie, puis quatre en Chine, cette mère de quatre enfants se sent prisonnière de sa petite banlieue de Verneuil-sur-Seine (Yvelines) qu’elle a retrouvée la mort dans l’âme : « J’ai l’impression d’avoir vieilli d’un coup. Je me sens dépressive et j’ai des crises d’angoisse. A Shanghaï, c’était très facile de se faire des amis. Ici, je suis retombée dans l’anonymat. Je me sens comme une étrangère dans mon propre pays. » Etranger dans son propre pays : l’expression revient comme un leitmotiv dans la bouche des anciens expatriés. L’atterrissage est d’autant plus brutal que la période d’expatriation a été longue (on parle du « cap des cinq ans »), le pays de résidence éloigné et le retour subi.

C’est précisément dans ces conditions que les Béquin ont reposé leurs valises en France en janvier dernier. Cadre dirigeant d’une multinationale américaine, l’époux de Corinne n’a eu d’autre choix que d’accepter sa relocalisation en région parisienne, au beau milieu de l’année scolaire. Leur vague à l’âme s’est aussitôt heurté à l’incompréhension des proches : « Votre famille ne s’attend pas à ce que vous ne soyez pas heureux de rentrer, confie Pascal Béquin. Mais la réalité est que nous nous sommes habitués à vivre loin d’eux. » D’autant plus que les impatriés ne font guère pleurer dans les chaumières. Leur blues du retour passe bien souvent pour des jérémiades d’enfants gâtés inconsolables après leurs adieux déchirants… aux primes d’éloignement, à la voiture de fonction et à une domesticité vibrionnant dans leur vaste villa. En réalité, la grande majorité des Français de l’étranger vivent plutôt chichement, souvent sous contrat local et sans le fameux « package » qui fit les beaux jours de l’expatriation. De plus en plus d’émigrés, en général des jeunes, tentent l’aventure en solo sans être « détachés » par une administration ou une grande entreprise (3).

RETROUVER LEURS MARQUES

Dès lors, le choc du retour ne se résume pas à la perte d’éventuels privilèges, ni même aux tracasseries de l’administration française – pas toujours très flexible face à ces enfants prodigues de la République qui ont le mauvais goût de n’entrer dans aucune case. Le mal est plus enfoui, plus diffus, plus inavouable aussi. Après avoir elles-mêmes ressenti ce spleen, Solenn Flajoliet (six ans à Singapour) et Karolina Ehretsmann (huit années au Pakistan, aux Emirats arabes unis et en Angleterre) ont décidé d’aider tous ceux qui peinent à retrouver leurs marques en France. Ces deux « consultantes interculturelles » animent gracieusement des sessions d’information aux allures de psychothérapie de groupe, un peu comme s’il existait un désordre post-traumatique du retour.

Après tout, certaines grandes entreprises américaines ne proposent-elles pas un suivi psychologique pour aider les familles à se replonger dans le bain national ? Face à une trentaine de personnes récemment rentrées des quatre coins du monde, les deux intervenantes alternent conseils pratiques et recommandations d’ordre affectif. « Notre expatriation nous a changés, mais ce n’est qu’au retour que l’on en prend pleinement conscience. On a la langue mais plus les codes. Et, autant il est normal de se sentir étranger à l’étranger, autant il est difficile de se sentir étranger chez soi. » Durant la session de deux heures, chacun est invité à lister les difficultés liées à son retour sur un post-it rose. Le tableau brossé n’est pas franchement de la même couleur : attitude négative, rigidité de l’administration et du système scolaire, froideur des rapports humains, assistanat et individualisme… L’ »amère patrie » passe un mauvais quart d’heure. Rien ne semble tourner rond dans l’Hexagone. Les deux expertes en retours difficiles invitent alors l’audience à « se raccrocher aux bons côtés de la France : la beauté de ses paysages et de Paris, les arts de la table, la richesse de l’offre culturelle ».

La bonne nouvelle pour ces impats qui broient du noir arrive sous la forme d’une courbe sinusoïdale projetée sur grand écran. Après des hauts (la lune de miel de l’arrivée) et des bas (le contrecoup du retour), la réadaptation à la vie française prendrait un an en moyenne. Mais la règle n’a rien de mathématique, comme peut en témoigner Jean-François Scordia. Fuyant « le stress de Manhattan » où il travaillait dans l’hôtellerie, ce Breton aspirait à un rythme de vie plus paisible dans sa région natale. Mais, mois après mois, le rêve du retour aux sources a viré au cauchemar. En 2004, au bout de trois ans sans emploi, la confiance en berne et les finances à sec, il doit repartir aux Etats-Unis en catastrophe, avec son jeune fils et sa femme américaine, méditant amèrement le vieux diction « Nul n’est prophète en son pays ». Lui qui avait enchaîné les postes à responsabilités dans les adresses les plus courues de New York doit revoir ses ambitions françaises à la baisse : « A l’ANPE, c’est tout juste s’ils ne m’ont pas proposé de devenirserveur. Je leur ai pourtant dit que j’avais eu jusqu’à soixante employés sous mes ordres. » Avec ses phrases truffées d’anglicismes et son style très direct, « à l’anglo-saxonne », Jean-François Scordia se heurte au scepticisme des banques et des employeurs potentiels. Personne ne semble croire à la réalité de son rêve américain : « Quand je leur parlais de chiffres d’affaires de 10 millions de dollars pour un restaurant, ils pensaient que je racontais des bobards. Pour moi, c’est le signe d’un pays qui pense petit. On dirait qu’il y a une peur de progresser et de grandir. »

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On vous conseille également de lire en complément 2 réactions d’expatriées, très intéressantes :
> celle de Ma vie à Los Angeles
> celle de The travelin girl

Comme nous l’a fait remarqué une expatriée à la lecture de cet article : « Il faudrait créer le site Impat United ! » :-)

N’hésitez pas à nous faire part de vos réactions, de vos craintes en vue d’un éventuel retour, ou de votre propre expérience de retour…  en commentaires ci-dessous ! Cela nous intéresse ! :-)

 

 

 

  • eva castro

    au niveaux psycologique ,moi je pense que je serais la plus heureuse des maman puisque mon enfant vie en france ,le hic c’est que je choisie mon enfant en france a mon mari americain ,oui il faut penser a rester tres occupe,mais surtout ce qui me pose question c’est l’administration ,securite sociale ,travail ,trouver un logement ,dans quel ordre proceder surtout lorsqu’on repart sans rien !!!!comment se fait le divorce aux usa ….. une prise de conscience journaliere qui ettouffe pas mal je dois dire ,bon ca va on a pas eu d’enfant enssemble aux usa…..