Quand le rêve de l’expatriation prend fin sans prévenir …

On a été très touché par cet article de Marion en VO, expatriée à New-York … qui nous explique comment, après 4 ans de rêve américain, celui-ci s’est effrondé en quelques heures … une expérience douloureuse mais qu’il est peut-être bon d’avoir en tête si vous êtes dans sa situation d’expatriée, ie avec toutes les contraintes de visas imposées, notamment comme aux Etats-Unis.

 

Trois petits tours et puis s’en vont : le licenciement, the American way

Chers tous,

Votre Française à New York pourra bientôt vous raconter ses histoires de New Yorkaise qui débarque en France ! Après quatre ans de bons et loyaux services (mis-à-part quand je travaillais sur mon blog les journées trop calmes au bureau, hum hum…), mon employeur se sépare de moi. Le projet principal sur lequel j’avais été stagiaire puis embauchée, vient d’être mis en « coma à durée indéterminée » et mon poste supprimé pour des raisons financières. En jargon américain passif-agressif, « I was let go ».

En fait, j’avais rendez-vous avec le directeur pour parler de ce que je m’imaginais être tout autre chose donc, même si j’étais au courant des problèmes d’argent de ma boite (depuis un an, l’ensemble du staff se prend baisse de salaire sur baisse de salaire, oui je sais, un concept qui n’existe pas en France, ici cela s’appelle des furlough days, fermer la parenthèse), je suis tombée de haut puisque qu’ils avaient engagé la procédure de renouvellement de mon visa H1B pour 3 ans, ce qui ne sert donc plus à rien. Car, en théorie, plus de job = plus de visa = plus le droit de rester sur le territoire américain. Et en pratique, les options qui s’offrent à moi relèvent de la mission pratiquement impossible.

Option A= Recontacter mon ex-Américain préféré, négocier un deal à la The Proposal et perdre le peu de fierté qu’il me reste après m’être faite jeter par mon employeur.
Option B= Harceler Claire Danes et lui demander si, grâce à son nouveau job à la télévision, elle peut négocier un sursis pour moi directement avec Homeland Security.
Option C= Voyager dans le passé comme dans Les Visiteurs et faire en sorte de trouver un  autre employeur dans le monde de la culture qui aurait été prêt à payer le coût non-exorbitant de mon salaire, le coût relativement exorbitant de mon visa H1B et, dans un an, le coût extra-exorbitant de ma carte verte, le tout avant même de me faire licencier.
Option D= Je rentre en France.

Se faire laid-off, on a beau le montrer dans les films américains, et j’ai eu beau le déplorer pour certains de mes collègues au moment de la crise de 2008, quand on le vit en direct, c’est brutal. Pourtant, j’ai été traitée selon la procédure habituelle aux États-Unis: pas de préavis, donc; l’impression soudain d’avoir la peste/d’être une criminelle ; mon email de travail verrouillé pendant que j’étais dans le bureau du directeur ; l’obligation de rendre mon badge (adieu les sorties au musée/cinéma gratuites !) ; mais le droit de reprendre ma machine à café et mes 12 pulls (je vous ai déjà dit que je détestais la clim’ américaine ?) ; et enfin la sortie d’un pas alerte, genre walk of shame, escortée par le chef de la sécurité (mais il m’a aussi donné un hug parce, quand même, il était un peu triste que je parte).

Sur le coup, je n’ai pas dit au revoir à mes collègues. Because guys, I was a mess. De toute façon, le bureau du directeur fait partie de l’open space, ils pouvaient donc entendre tout ce qui s’y passait. Ou comment ajouter l’humiliation publique à l’humiliation privée. Parce que, même si ce n’est pas ma faute, et qu’on m’a bien fait comprendre que mes qualités professionnelles n’étaient absolument pas mises en cause, et que l’on écrirait une lettre de recommandation si besoin, et autres paroles qui se voulaient réconfortantes, je me suis mise à pleurer. J’ai la chance d’avoir un extraordinaire support system, ici comme en France, donc ce n’était pas des larmes de peur ou de colère, c’était le choc lié au fait qu’on ne me laissait pas le choix, on m’arrachait à ma vie ici, non negociable. Je me suis retenue le plus longtemps possible et puis, parmi une foultitude de pensées incohérentes, je me suis rendue compte qu’il faudrait l’annoncer à ma meilleure amie ici, une New Yorkaise avec qui j’ai traversé toute cette expérience incroyable, my emergency contact, my Thanksgiving hostess year after year (et est-ce que j’allais pouvoir faire le repas avec sa famille cette année???, pensée incohérente #38), et patatras, le flot.

J’avais commencé à over-dramatiser la situation dans ma tête (si vous n’aviez pas déjà remarqué, that’s my thing) et j’étais devenu incontrôlable. Respire, Marion, respire. Moi qui n’ai jamais approuvé la propension qu’ont les Américains à partager les moindres détails intimes de leur vie privée au bureau (des préparatifs du mariage jusqu’aux détails du divorce, en passant par le chat malade… T.M.I!), je n’avais jamais été aussi vulnérable, malgré moi, devant mes collègues. Bien sûr, cela faisait partie du scenario qui avait été écrit à l’avance, et le directeur a aussitôt poussé vers moi la boite de mouchoirs qui était à disposition pas loin.

Sauf que mes employeurs (et visa sponsor) n’avaient pas dû répéter la scène assez souvent avec une « nonimmigrant alien » dans le rôle principal. Il restait plein de questions en suspens car ils n’avaient pas considéré l’ensemble des obligations liées à mon statut particulier (pour info: notifier Homeland Security, annuler mon renouvellement de visa H1B, me rembourser un billet d’avion aller-simple vers la France, m’informer sur mon droit de toucher le chômage ou non, la réponse est non.) Et de mon coté, je devais appeler mon avocat (de l’immigration). J’aime bien dire « mon avocat », même si là, encore une fois, cela confirmait le fait que mes superviseurs étaient des incompétents dans ce domaine car ils auraient dû passer dès le départ par leur avocat en interne. Nous nous sommes donc mis d’accord avec le directeur pour que je repasse au bureau la semaine suivante (aux États-Unis, ils licencient toujours les gens avant le weekend)… « See you next week, but I’m gonna need this back. », il m’a dit. Toujours abasourdie, je lui ai rendu l’enveloppe qui contenait ma lettre de licenciement et un chèque à hauteur de deux semaines d’indemnités, ainsi que les jours de congés payés que j’avais réussi à économiser (parce que 15 jours de vacances à poser par an, on ne le dit jamais assez, ce n’est vraiment pas beaucoup).

Je savais qu’ils ne feraient pas marche arrière, mais je voulais essayer de négocier pour gagner du temps. Car si ma première décision avait été de choisir de rentrer en France, la décision qui a immédiatement suivi était de faire en sorte de m’accorder, somehow, le délai nécessaire pour boucler plus de quatre ans de vie à New York, et ce, dans les règles, afin de pouvoir revenir ou retravailler sur le territoire américain sans me faire jeter en prison (ma tendance à dramatiser, again). Et j’avais une deuxième chance pour tourner proprement (comprendre, avec moins d’eau salée) cette page de mon expérience professionnelle à New York (sans oublier d’embarquer le rouleau de scotch que j’avais stupidement laissé derrière moi dans la confusion de l’annonce de mon licenciement). Mon dernier jour (bis !) a été mémorable : quand je suis réapparue au bureau, soit mes collègues les plus hypocrites me disaient « I am so sorry » et détournaient le regard, soit mes collègues les plus sympas me disaient « I am so sorry » et m’offraient un petit sourire triste (mais sincère). Le pompon ça a été un de mes supérieurs directs, qui a fait semblant de ne pas être au courant.

Quand j’avais proposé au directeur de prendre la peine d’organiser mes dossiers afin que, si un jour ils puissent redémarrer le projet sur lequel je travaillais, ils sachent où étaient les informations importantes, il m’avait regardée, incrédule, et m’avait remerciée de cette offre « incredibly generous » ! J’étais donc là pour leur rendre service (et officiellement toujours une employée au même titre que les autres) mais j’ai re-eu droit au traitement de choc : une baby-sitter derrière mon épaule lorsque j’ai eu la permission de consulter rapidement mon email de travail, mais sur le poste de quelqu’un d’autre puisque mon ordinateur également avait été verrouillé (c’est limite si on ne m’accompagnait pas aux toilettes). Et quand ils n’ont eu vraiment plus besoin de moi, à 16h précises, j’ai été convoquée par la comptable qui m’a informée que le directeur n’ayant pas le temps (le désir ?) de me parler, il fallait, en gros, dégager le plancher.

Mais cette dernière journée de travail surréaliste (payée, qui plus est) n’était pas en vain. La fin officielle de mon contrat a été décalée de 11, 78 jours car ils ont eu la générosité (?) de poser tous les jours de vacances qu’il me restait (j’avais donc bien fait de me « rationner » pendant plusieurs mois). J’ai fait les démarches nécessaires et payé le prix nécessaire (ah les États-Unis!) pour régulariser mon statut auprès de l’immigration américaine jusqu’à une date ultérieure de départ définitif qui me convenait (car 11,78 jours, quand même, ça passe vite). J’ai fait les démarches nécessaires et payé le prix nécessaire (ah la France! ) pour avoir une couverture médicale internationale temporaire (car ma couverture américaine s’arrêtait 5 jours après la fin de mon contrat, et il m’en aurait coûté 500 dollars par mois de ma poche pour la prolonger). J’ai fait les démarches nécessaires et payé le prix nécessaire (20%) pour récupérer ma retraite américaine, le 401(k). J’ai pris mon billet d’avion, one way, pour la France. J’ai annulé mon abonnement à Netflix. Sur le papier, je suis prête, dans ma tête un peu moins.

Source de l’article : ici

Merci Marion d’avoir eu le courage de partager avec nous et aussi sincèrement cette dure épreuve, qui, déjà difficile en France, prend une toute autre ampleur dans ton cas !
C’est là que l’on se dit que la période de préavis en France et les indemnités de congés payés ont du bon finalement …

Bon courage à toi pour la suite, ici ou ailleurs !… on espère que cette expérience te rendra plus forte !

N’hésitez pas à réagir, à lui apporter votre soutien ou à partager votre propre expérience en commentaires ! 

  • http://bluecannelle.net/ Sandra

    Dur moment ! C’est parfois quand on vit ce genre de remise en question qu’il nait quelque chose de nouveau et peut-être de mieux… On ne comprend pas toujours les épreuves (moi j’ai vécu en sens inverse un refus de visa vers le Québec) mais ça fait grandir. J’espère vraiment qu’après t’être bien ressourcée en France, tu pourras t’envoler ailleurs ou t’épanouir en France qui sait ? Merci pour ton témoignage en tous cas et à Expat United de le partager avec nous.

    • http://marionnewyork.blogspot.com/ Marion en VO

      Merci Sandra!

  • http://www.fromside2side.com/ Isabelle

    C’est poignant comme témoignage .. J’avais déjà entendu ce genre d’histoire malheureusement. Quel stress… bon courage pour ce tournant à 360° … il faut capitaliser sur cette expérience…

    • http://marionnewyork.blogspot.com/ Marion en VO

      Merci Isabelle !

  • chantal

    Bonjour Marion,
    je viens de lire ton blog grâce à un rappel d’ExpatUnited, et je suis scotchée par ce que tu écris.
    J’ai vécu ce genre de licenciement éclair, traumatisant, qui te coupe les jambes et remet en cause des années de bons et loyaux services pendant lesquels on se croyait compétente, indispensable et indestructible, mais c’était en France, et on avait ensuite le temps de pleurer en allant pointer à Pôle Emploi alors que dans ton cas, c’est tout une une vie qui s’effondrait d’un coup.
    On est en janvier 2013, et je souhaite que cette nouvelle année soit pleine d’espoirs et de projets pour toi !
    Mais tu as l’air dynamique et je ne doute pas que tu soies déjà investie dans d’autres plans, expat ou non ! Donne nous des nouvelles ?
    Pourquoi ton témoignage me touche tant ? Parce qu’une de mes filles est en Australie depuis 2 ans et circule dans un labyrinthe de visas, de promesses non tenues et d’argent à sortir pour chaque document d’immigration… elle tient bon pour le moment, mais je crains toujours qu’elle ne vive ce que tu as vécu un jour ou l’autre !
    Moi même je suis une expatriée sénior au Sénégal… sans pack’expat’extra, c’est à dire que si le contrat s’arrête, le retour en France sera très difficile.
    Nos projets tiennent toujours à un fil, et je me console, me rassure en me disant qu’en France, en Europe, on aurait aujourd’hui les mêmes peurs et on ne maitriserait pas non plus notre avenir !
    Que nous reste t-il ? L’extraordinaire aventure que l’on a vécu et qui nous rend plus fort quelque soit l’issue (mais si, mais si !), et la projection dans l’avenir, dans le vaste monde qui est une qualité précieuse oh combien pour ceux qui connaissent l’expatriation !!
    Très belle année 2013 Marion !

    • http://marionnewyork.blogspot.com/ Marion en VO

      Chère Chantal,
      Merci pour ce retour et d’avoir pris le temps de m’écrire un commentaire si chaleureux et encourageant! Je suis toujours « en train de me retourner » mais je vais prendre la plume (le clavier) as soon as possible pour reprendre le blog et donner des nouvelles à mes lecteurs so supportive : ) Une très belle année 2013 à toi aussi, qu’elle soit pleine d’aventures !

  • Chapelier Lise

    Quel article, j’en suis toute boulversée !!!
    C’est dingue comme la vie peut basculer !

    Dans un autre registre je suis également partie aux Etats Unis mais dans le cadre de mes études. Je devais rester pour 2 ans mais je suis repartie en Angleterre au bout d’à peine 6 mois. Ce fut ma décision mais, pour être honnête, elle fut largement influencée par mon copain de l’époque.
    J’ai très mal vécu ce départ et l’idée de revivre en Angleterre sans mon statut d’étudiante. De plus, j’avais vraiment l’impression de n’avoir vécu mon expérience aux Etats-Unis qu’à moitié alors que je l’attendais depuis si longtemps…
    Résultat: mon retour en Angleterre fut catastrophique et, après quelques mois, quand j’ai eu l’opportunité de déménager et de commencer une nouvelle vie sur Bordeaux, je me suis précipitée dessus !

    C’était il y a presque 2 ans et depuis je me suis battue pour entrer dans le monde actif et obtenir un poste à l’étranger afin de repartir à l’aventure. Conclusion: je viens tout juste d’obtenir un VIE…..non pas aux US… mais en Tanzanie !!! Je pars en juin prochain pour 2 ans et je suis « over excited » ;) . Moi qui cherchais à repartir en Amérique du Nord afin de « boucler la boucle », le destin m’a fait un petit pied de nez et surtout un beau cadeau !

    Chaque expérience est différente et je comprends bien que nos deux histoires sont très loin d’être similaires mais la vie ne fait pas que des mauvaises surprises, la roue peut très vite tourner et surtout pour ceux qui aime voyager et vivre à l’étranger. Il n’y a pas qu’une ville ou qu’un pays, mais le monde à découvrir !

    Merci encore d’avoir partager cette expérience difficile avec nous, cela m’a poussé à faire de même et ça fais du bien de pouvoir enfin en parler !

    • http://marionnewyork.blogspot.com/ Marion en VO

      Merci Lise, encore un témoignage qui m’inspire ! Bonne chance à toi dans cette nouvelle aventure !