Chantal, multi-expatriée, amoureuse de l’Afrique !

Nous retrouvons aujourd’hui Chantal, une heureuse expatriée au Sénégal, qui a elle aussi gagnée notre dernier jeu photo, avec sa très belle photo du marché, et d’ailleurs… pour la

« Sénégal, Richard Toll, Marché Khouma »

petite histoire… Chantal a fait de sa photo une carte postale, car il n’en existait pas dans sa ville ! (Richard Toll)… et du coup, Rama, la charmante marchande prise en photo, en garde un exemplaire pour la montrer, ravie, à ses copines ! :-)

 

 

Nous vous laissons donc découvrir Chantal à travers cette interview riche d’expériences, de bonheur, et d’amour !… qui nous montre aussi et surtout qu’il n’y a pas d’âge pour s’expatrier, tant que l’envie est là ! Bravo !

  • Expat United : D’ou viens-tu ? Depuis combien de temps es-tu expatriée au Sénégal ? Quelle est ton activité ? ton parcours professionnel ?

Je viens d’avoir 56 ans . Née à Paris, études à Montpellier, je suis plutôt une fille du sud, fille de parents pieds-noirs d’Algérie qui ont toujours gardé la nostalgie de « là-bas ».
Mon mari, mes filles et moi avons choisi le Morvan, région atypique du centre de la Bourgogne, faite de moyennes montagnes, de lacs et de forêts de sapins, pour poser nos valises il y a plus de 20 ans, sans origine bourguignonne, uniquement par coup de cœur !

Nous sommes à nouveau expatriés depuis la fin de l’année 2011, tout au nord du Sénégal, aux portes de la Mauritanie, dans une ville appelée Richard Toll, le long du fleuve Sénégal.
Mon mari dirige une laiterie équitable : La Laiterie du Berger dont la production est basée sur le lait de collecte local ; et de mon côté je gère une exploitation de luzerne pour une société franco-suisse dans le cadre du « social business », l’objectif du projet étant la production d’extraits foliaires pour lutter contre la malnutrition.

  • EU : Qu’est-ce qui t’a motivé à partir ? Départ à l’aventure ou bien préparé?

L’expatriation est une culture dans notre famille. A l’issue de mes études de traductrice-interprète je suis partie travailler en célibataire en Allemagne du sud pendant 4 ans, puis j’ai tenté l’aventure du volontariat en Côte d’Ivoire pour le ministère de la coopération et y ai rencontré mon mari. Nous avons vécu en tant qu’expatriés en famille avec nos deux filles Virginie et Fanny, dont Fanny née à Abidjan. Mon mari est expert en industrie laitière, et je suis devenue experte en gestion d’entreprise et gestion des ressources humaines interculturelles.

Après un passage désastreux en Mauritanie en 1989 (date des émeutes meurtrières à Nouakchott entre Bidanes et Toucouleurs), nous avions décidé de rentrer en France pour élever nos filles dans un environnement plus calme, et nous nous sommes installés dans un petit hameau entre Saulieu et Avallon (Côte d’Or et Yonne), dans le Parc régional du Morvan, où mon mari a été directeur d’une usine de conditionnement à façon, et moi responsable d’une agence de travail temporaire (entre autres postes !).

Nous n’avons jamais perdu l’idée de repartir vivre en expatriation, d’autant plus que nos filles ont pris leur propre envol… à l’étranger ! Mais les années ont passées, et quand on avance en âge on intéresse de moins en moins les recruteurs !

Cependant, nous n’avons jamais perdu espoir et sommes toujours restés à l’écoute du « marché », malgré un plan de carrière réussi pour mon mari… un peu moins pour moi qui expérimentais les limites économiques du Morvan et de la Bourgogne en vivant des périodes de chômage de plus en plus longues.

Le projet « Laiterie du Berger » au Sénégal a été le seul projet pour lequel l’âge de mon mari était plus un atout qu’un obstacle, mais il s’est écoulé deux années interminables avant que le feu vert ne soit donné.

La décision de « bousculer » notre quotidien en France, avec une carrière assurée pour mon mari et des garde-fous rassurants (CPAM, retraite, mutuelle, participation, congés payés etc.) a été néanmoins difficile. Quitter nos amis, remettre notre petite vie en question : nos animaux (les deux lamas en pension), le bouleversement de vie pour notre chienne et nos chats, la maison en location… le changement devenait brusquement réalité et angoisse, mais nous nous sommes dit que nous ne vivions qu’une fois et nous avons décidé de tenter l’expérience, même à plus de cinquante ans.

Nos filles n’ont pas été étonné de nous voir remettre notre avenir en jeu parce qu’elles connaissaient notre nostalgie de l’expatriation, mais elles ne nous ont pas vu partir avec facilité. La benjamine, déjà installée en Australie, craignait que ses racines en France ne soient ébranlées (savoir Maman et Papa dans la maison familiale était rassurant) et l’aînée qui est hôtesse de l’air sur longs courriers se voyait rester seule en France… malgré un compagnon devenu depuis son époux !

  • EU : Comment s’est passé l’intégration dans ton pays ?

Mon mari est né à Dakar quand son père y était administrateur des colonies ; il n’a cessé de voyager au Sénégal, c’était donc pour lui un retour aux sources.

Pour moi, aller vivre dans une ville de brousse aux portes du désert était un challenge, car j’adorais la Côte d’Ivoire et sa luxuriante végétation…ainsi que la ville et ses facilités.

Nous avons ici deux vies : nous habitons dans une cité de cadres d’une grande entreprise du Sénégal où vivent des familles européennes et africaines ; nous profitons donc des sources de ravitaillement alimentaire (viande de Dakar) ou de produits très européens comme la lessive pour lave-linge ou le gruyère ! Nous profitons aussi d’une belle piscine et de cours de tennis… et pour notre chienne berger-australien qui nous accompagne dans l’aventure, la cité est un lieu où elle peut courir sans risques.

Notre deuxième vie, c’est la ville de Richard Toll, où il faut dénicher du savon, des pagnes ou des tongues, en slalomant entre les tas de détritus, les petits marchands et les gros camions, où on arrive à trouver des strass ou des clous de tapissier dans la boutique qui vend la carte Canal Plus, et où les calèches (taxis hippomobiles) tirés par les petits chevaux sénégalais se disputent la piste avec les ânes et leur carriole chargée de sacs, d’herbes de brousse ou de moutons et de chèvres.

« Les taxis ! »

Mais nous sommes revenus en Afrique avec l’impression de n’en être jamais partis !

Nous n’avions pas l’illusion de retrouver notre vie d’antan, nous n’avions ni attentes, ni certitudes… et nous nous sommes retrouvés « chez nous », en reprenant facilement un dialogue interrompu 20 ans plus tôt.

  • EU : Est-ce ta première expatriation ? 

En célibataire : l’Allemagne (la vallée de l’Allgaü) et la Côte d’Ivoire
En famille : la Côte d’Ivoire et la Mauritanie

  • EU : 3 choses que tu adores dans ton pays d’expat ?

Le sourire, la gentillesse, et la joie de vivre des Sénégalais du nord

  • EU : 3 choses que tu aimes moins dans ton pays d’expat ?

La saleté systématique dans tout le pays : détritus, sacs en plastique et cadavres d’animaux… il n’y a pas un mètre carré propre ! je comprends que les touristes ne reviennent pas !

Le traitement infligé aux animaux : se réincarner en âne, cheval, chien, mouton ou chèvre au Sénégal, c’est bien avoir un mauvais kharma !!

Le fatalisme (inch’allah!) qui -en excès- empêche toute progression économique et excuse trop facilement les incompétences.

  • EU : A quelles difficultés es-tu le plus confrontée ?

Le climat : il faut s’adapter à la chaleur (la température monte jusqu’à 45°C/50°C), et aux moustiques particulièrement virulents.

Les dangers de la route à cause de véhicules très très vieux et très très dangereux !

  • EU : Un fait marquant à nous raconter ? 

Chaque jour qui passe apporte une nouvelle anecdote, joyeuse ou triste… difficile de faire le tri !

Il me vient spontanément à l’esprit le « chasseur d’oiseaux » que j’ai recruté sur les conseils de mon contremaître. Nous avons semé un hectare de riz au milieu de la luzerne, (la région du fleuve Sénégal est premier producteur de riz au Sénégal) et quand le riz arrive à maturité, les oiseaux s’abattent par nuées sur les champs, comme des sauterelles, et sont capables de détruire toute une récolte.
Alors nous avons embauché un « chasseur d’oiseaux », véritable spécialiste, qui construit une petite cahute au milieu du champ, avec foyer pour le thé et natte pour dormir, et il patrouille pendant 4 à 5 semaines dans le riz, avec son lance-pierre pour chasser les oiseaux ! En le regardant travailler, j’ai vraiment eu le sentiment d’un décalage entre ma vie au Sénégal et mes recrutements en Europe !

  • EU : Côté culinaire ? La France te manque ? Quelle est ta spécialité locale préférée ?

Non, pas de nostalgie culinaire. Nous nous habituons à manger sans fromage ou charcuterie, ce qui rend un arrivage de saucissons ou de St Nectaire d’autant plus précieux !
La spécialité locale que nous préférons parmi le tiep bou dien, le mafé ou le poulet yassa, c’est le poulet yassa !

« Notre hôtesse Peinda Bâ, dite Madame Saw »

  • EU : Plutôt des amis français, sénégalais, expatriés internationaux ? les sénégalais sont sympas / accueillants?

Ce qui est extraordinaire dans cette nouvelle expatriation (par rapport à nos années abidjanaises), c’est que nos amis sont de toutes nationalités : sénégalaise, ce qui nous permet de mieux comprendre la culture de notre pays d’adoption, portugais, algériens, espagnols, israéliens… c’est un melting-pot étonnant et passionnant !

Les Sénégalais sont très sympathiques et très accueillants !

Ainsi, Rama, la marchande de haricots de ma photo du marché de Richard Toll, m’a invitée à un repas entre femmes, sans façon, pour me remercier de la photo. Les gens avec lesquels nous travaillons mon mari et moi, cadres, techniciens ou ouvriers, tous nous invitent à boire le thé ou à partager le mafé sur le tapis traditionnel, et se montrent très fiers de nous parler de leur culture, très curieux de connaitre la nôtre.

« Ce sont les femmes qui habitent ensemble et avec lesquelles j’ai déjeuné avec la marchande de légumes, Rama. Je les trouve magnifiques ! »

Même si nous ne sommes pas loin des préoccupations d’Aqmi en raison de la frontière mauritanienne, on ne peut pas se sentir en danger dans les rues de Richard Toll ou dans les champs de luzerne qui sont en brousse !

  • EU : Les 3 choses qui te manquent le plus de France ?

Les saisons : un peu de frais, un peu de chaud, un peu de pluie… et un peu de neige !
Nos amis : beaucoup ne viendront pas au Sénégal… les revoir une fois par an, c’est dur !
Les fruits et légumes… et oui, nous n’habitons pas dans une région très riche en maraichage !

  • EU : Les 3 choses qui te manquent le moins de France ?

Les actualités… encore que, avec le satellite, nous avons France 2 et TF1… si nous le souhaitons !
Les débats politiques, de société etc…
La morosité ambiante ! Les gens qui font la gueule, qui râlent, qui réclament…

  • EU : Les projets pour l’avenir ? Envie de rentrer en France ? De faire un autre pays d’expatriation ?

Envie de rester en expatriation jusqu’à la retraite !
Oui, peut-être dans un autre pays… anglophone comme les US, le Canada ou l’Australie !
(mais nous sommes maintenant trop âgés pour ces pays là !)

  • EU : Depuis quand es-tu inscrite sur www.expatunited.com ? Que cela t’ a t’il apporté ?

Inscription dans les premières semaines grâce au dynamisme du site, son orientation « coaching, mise en relation, et bons plans » qu’il propose.
Je connais d’autres sites de l’expatriation, mais ils sont plutôt orientés sur les jeunes étudiants ou jeunes diplômés. Expat United s’adresse à tous les expatriés en place ou futurs !
Enfin, les rdv de l’expatriation sont une super idée, ils apportent des tas d’idées sur notre vie à l’étranger et des réponses aux questions qu’on ne se pose pas forcément.
(ndlr : merci Chantal, tout ces compliments nous vont droit au coeur  :-) ) 

  • EU : Que dirais-tu aux personnes qui ont envie de venir tenter l’aventure dans ton pays ? Des conseils ?

Il faut venir au Sénégal ! C’est un beau pays, qui reste « neuf », c’est-à-dire qu’il y a beaucoup de choses à faire culturellement et professionnellement.
Malgré notre enthousiasme, il faut rester humble : oublier ses certitudes professionnelles, organisationnelles et trouver un équilibre entre le respect des cultures et la rentabilité ou le rendement d’un projet.
Enfin,  comme nous venons de rapatrier une jeune française pour une hépatite A… : ne pas vouloir à tout prix vivre comme les gens du pays d’accueil… notre organisme n’est pas forcément prêt à accepter l’eau du robinet ou les crudités du marché !

 

Bonne continuation à vous et à votre mari Chantal ! … (et a tous vos animaux ! :-) )

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